Matin brillant plus que tous les soleils

Le Christ est debout il vit devant Dieu !

Le corps transpercé resplendit de lumière

La joie de Dieu fait danser l’univers tout entier.

 

Les eaux de mort, il les a traversées,

Et nul ne connaît ce chemin de nuit…

Du roc a jailli le torrent de la vie :

qu’il vienne boire, le peuple qui mourrait de soif.

 

Et vous qui cherchez un tombeau scellé

voyez ce portail ouvert sur la vie…

En passant par lui, vous trouverez la route

et le visage qui brille sur tous les chemins.

 

O face aimée, à jamais éblouie !

O mains élevées en bénédiction !

O souffle de feu, qui brûle et qui apaise !

Premier matin de nos vies et du monde nouveau.

Feu nouveau
Cierge pascal 2020

De Béthanie au Golgotha

Saint André de Crète  (660 – 740)

Gloire au Christ vainqueur de la mort, Homélie pour le dimanche des Rameaux.

Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd’hui de Béthanie et il s’avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.

Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l’explique l’Écriture, au-dessus de toutes les Puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom. Mais il vient sans ostentation et sans faste. […]

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion ; imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. N’y allons pas pour étendre sur son chemin, comme ils l’ont fait, des rameaux d’olivier, des vêtements ou des palmes. C’est nous-mêmes qu’il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, par l’humilité du cœur et la droiture de l’esprit, afin d’accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

Car il se réjouit de s’être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui “monte au-dessus du couchant”, c’est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu. Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, “il soit monté au sommet des cieux, à l’orient”, comme dit le psaume, j’estime qu’il l’a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l’humanité, afin d’élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l’emporter avec lui dans les hauteurs.

C’est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n’étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d’arbres qui vont bientôt se faner […] Notre vêtement, c’est sa grâce ou plutôt c’est lui tout entier que nous avons revêtu : Vous tous que “le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ”.

C’est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas. […] Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort. Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : “Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël !”.

Croix

A Jérusalem

Psaume 3

2 Seigneur, qu’ils sont nombreux mes oppresseurs,

nombreux ceux qui se lèvent contre moi,

3 nombreux ceux qui disent de mon âme :

“Point de salut pour elle en son Dieu!”

4 Mais toi, Seigneur, bouclier qui m’entoures,

ma gloire ! tu me redresses la tête.

5 A pleine voix je crie vers le Seigneur,

il me répond de sa sainte montagne.

6 Et moi, je me couche et m’endors,

je m’éveille : le Seigneur est mon soutien.

7 Je ne crains pas ces gens par milliers

postés de toutes parts contre moi.

8 Lève-toi, Seigneur, sauve-moi, mon Dieu !

Tu frappes à la joue mes adversaires.

9 Tu brises les dents des impies.

Dieu sauveur ! Bénis ton peuple !

” Voici maintenant que la prince de ce monde va être jeté dehors ;

et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. ” Jn 12,31-32

Saint Séraphim de Sarov (1759 – 1833)

Instructions spirituelles : de la paix de l’âme

Il n’y a rien de meilleur que la paix en Jésus Christ par laquelle sont détruits les assauts des esprits du mal.

 Les Pères, étant dans la paix et dans la grâce de Dieu, vivaient vieux. Quand un homme a atteint l’état de paix, il fait rayonner sur les autres la lumière qui éclaire son esprit. […]

Cette paix, ce trésor inestimable, notre Seigneur Jésus Christ l’a laissée à ses disciples avant sa mort en disant : “Je vous laisse ma paix, je vous donne la paix”. L’Apôtre en parle aussi en ces termes : “La paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ”. On doit s’efforcer de toute façon de garder la paix de l’âme et de ne pas être troublé par les offenses qui viennent du prochain. Pour en arriver là, il faut réprimer de toutes ses forces la colère et porter toute son attention à éloigner de l’esprit et du cœur les impulsions néfastes.

Si l’homme ne méprise pas les biens du monde, il ne peut avoir la paix. La paix s’acquiert par des épreuves. Oui, celui qui veut plaire à Dieu doit traverser beaucoup d’épreuves. Il faut supporter les offenses avec indifférence et se créer une disposition de l’esprit, comme si ces offenses ne nous regardaient pas et concernaient d’autres personnes.

Crucifié

Cet exercice peut assurer au cœur humain la tranquillité et en faire une demeure de Dieu. S’il est impossible de ne pas s’émouvoir, il faut chercher au moins à retenir la langue, selon le psalmiste : “Dans mon agitation je ne puis parler”.

[…] Pour conserver la paix intérieure, il faut aussi éviter soigneusement de blâmer les autres. On conserve la paix en ne jugeant pas le prochain, en gardant le silence. En cet état, l’esprit reçoit les révélations divines. Pour se défaire de l’habitude de critiquer, il faut porter son attention sur soi-même et ne pas recevoir, de qui que ce soit, des pensées étrangères ; il faut être mort à tout. Il faut souvent entrer en soi-même et se poser la question : “Où en suis-je ?”.

L’homme qui s’est engagé à suivre la voie de l’attention intérieure, doit avant tout avoir la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse. Dans son esprit doivent toujours être gravées ces paroles prophétiques : “Servez le Seigneur avec crainte, tressaillez de joie mais avec tremblement”.

A la lumière du Salut

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) Moine cistercien

Je lui montrerai mon Salut,  Sermon 16 sur le Psaume qui habitat, traduction de S. Françoise Callerot, Sources Chrétiennes 570

Je le comblerai de la longueur des jours. C’est comme si Dieu disait plus clairement : Je sais ce qu’il désire, je sais ce dont il a soif, je sais ce qu’il lui plaît. Il n’a de goût ni pour l’or, ni pour l’argent, et pas davantage pour le plaisir, la curiosité ou quelque honneur de ce monde.

Tout cela, il le regarde comme un dommage, tout cela il le méprise et le juge comme du fumier. Il s’est totalement vidé de lui-même, et il ne supporte pas d’être occupé de choses dont il sait qu’elles ne peuvent le combler.

Il n’ignore pas à l’image de qui il a été créé, de la grandeur dont il est capable, et n’admet pas de s’accroître d’un minimum pour être diminué dans ce qui est plus grand.

Donc, je le comblerai de la longueur des jours, lui qui ne peut être recréé que par la vraie lumière, lui que seule la lumière éternelle peut remplir car elle est d’une durée sans fin, d’une clarté sans couchant, d’une satiété sans dégoût.

Oui, il aura pour lui la sécurité de l’éternité, la glorification de la vérité, l’exultation de la dite satiété. Et je lui montrerai mon salut. Il méritera donc de voir ce qu’il a souhaité, lorsque le Roi de Gloire se présentera à  l’Église glorieuse : sans tache, dans la splendeur du jour, et sans ride aucune dans son absolue plénitude. […]

Lorsque donc il aura comblé de biens ton désir en sorte que tu n’auras plus rien d’autre à rechercher, c’est alors que l’esprit parfaitement serein en raison de cette plénitude, tu pourras voir désormais la sérénité de Dieu ; la plénitude de sa majesté : oui, tu seras devenu semblable à Dieu parce que  tu le verras tel qu’il est. Ou peut-être encore ceci : l’habitant, plein de délices de ce monde plein de délices, sera comblé de toute gloire en lui-même ; il regardera donc au dehors, c’est-à-dire autour de lui, le salut que Dieu a opéré et verra la terre entière remplie de sa majesté. Et je lui montrerai mon salut.

Quand donc ? Au jour de notre tribulation, bien sûr au jour de notre croix. En effet, la libération pleine et parfaite ne pourra avoir lieu avant le jour de notre sépulture. En ce jour-là donc je l’en délivrerai, dit-il, c’est-à-dire en ce jour où le monde n’aura désormais plus aucun pouvoir à exercer ni sur le corps, ni sur l’âme.

Quant à la glorification, elle reste pour le jour ultime, le jour de la résurrection, lorsque surgira dans la gloire ce qui est ici-bas semé dans l’ignominie.

Soleil levant

Au Temple

Aelred de Rievaulx (1110-1166/67) Moine cistercien

Vous êtes le Temple de Dieu – Sermon pour le 3ème mercredi de carême

Vous avez souvent entendu, frères très chers, que Moïse, après avoir fait sortir Israël d’Égypte, construisit dans le désert un tabernacle, grâce aux dons des fils d’Israël.

C’est vous mes frères qui êtes le tabernacle de Dieu, le Temple de Dieu selon la parole de l’Apôtre : « Le Temple de Dieu c’est vous. » Temple parce que Dieu régnera en vous éternellement ; son tabernacle, sa tente parce qu’il est avec vous sur la route, il a soif en vous, il a faim en vous.

Cette tente, mes frères, c’est vous pendant le désert de cette vie, jusqu’à ce que vous parveniez à la terre de la promesse : alors aura lieu la véritable dédicace par le véritable Salomon, alors Jérusalem sera édifiée non plus sous la forme d’une tente, mais d’une cité. Mais déjà, frères, déjà, si nous sommes de vrais fils d’Israël selon l’esprit, si nous sommes sortis en esprit de la terre d’Égypte, offrons chacun nos biens pour la construction du tabernacle : « Chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là. »

Que tout soit commun à tous. Il s’agit moins ici d’habits et de tuniques que de dons spirituels. Que personne ne considère comme sien propre le charisme qu’il a reçu de Dieu, que personne n’envie un charisme qu’aurait reçu son frère, mais qu’il estime que ce qui est sien est le bien de tous les frères, qu’il ne doute pas que le bien de son frère est le sien. Dieu agit en sorte que chacun ait besoin des autres et que ce que l’un n’a pas, il l’ait en son frère et qu’ainsi l’humilité soit gardée, la charité augmentée et l’unité manifestée. Nous sommes un seul corps du Christ et les membres les uns des autres. Que le faible dise : je suis fort. Car de même que son frère fort souffre de sa faiblesse, de même lui, le faible, est fort de la force de son frère.

Église de l'abbaye
Communauté

Nous avons livré

 

Nous avons livré la demeure de ta gloire au mensonge de nos idoles

Mais toi, Seigneur, tu chasses le péché par la vérité de ta Parole

Et tu révèles à notre incroyance le signe de ton Corps :

Purifie nos cœurs, Jésus, nous serons ta demeure !

1 – Votre corps est le temple du Saint-Esprit, glorifiez Dieu dans votre corps !

2 – Le vainqueur, je le ferai colonne dans le Temple de mon Dieu.

3 – Vous mêmes, pierres vivantes, édifiez ensemble dans l’Esprit la demeure de Dieu !

Hymne, texte et musique Abbaye de Tamié

Sur la montagne

Saint Augustin

Sermon 78, 1-5

Il nous faut contempler et vous expliquer, mes bien-aimés, cette vision que le Seigneur révéla sur la montagne. Le Seigneur Jésus devint resplendissant comme le soleil, ses vêtements blancs comme la neige, et Moïse et Élie parlaient avec lui.

Alors donc que la nuée les couvrait tous,

ne leur faisant en quelque sorte qu’une seule tente,

une voix retentit de cette nuée :

“Celui-ci est mon Fils bien-aimé”.

Moïse était là, Élie était là ; or la voix ne dit pas : “Ceux-ci sont mes fils bien-aimés”. Car autre est le Fils Unique, autres sont les fils adoptifs. On fait connaître ici celui dont la Loi et les prophètes se glorifiaient. “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Écoutez-le !”. Car vous l’avez entendu parler dans les prophètes, vous l’avez entendu dans la Loi. Où ne l’avez-vous pas entendu ?

À ces mots, les disciples tombent à terre. On nous montre à présent le royaume de Dieu dans l’Église : voici le Seigneur, voici la Loi, voici les prophètes ; la Loi dans Moïse, la prophétie dans Élie. Mais eux sont là en tant que serviteurs, en tant que ministres, l’un de la Loi, l’autre de la prophétie. Eux sont les vases, Lui est la Source. Moïse, les prophètes ont parlé et écrit, mais ils étaient remplis de Celui qu’ils versaient.

Le Seigneur étend ensuite la main et fait lever ceux qui gisaient à terre : “Puis ils ne virent plus personne, sinon Jésus seul”. Qu’est-ce à dire ? Les Apôtres tombés à terre sont le signe de notre mort, car il a été dit à la chair : “Tu es terre et tu retourneras à la terre”. Mais quand le Seigneur les fait lever, c’est la figure de notre résurrection. Après la résurrection, à quoi bon la Loi, à quoi bon la prophétie ? Aussi Élie n’apparaît-il plus, ni Moïse. Il te reste : “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu”. Il te reste : “Dieu sera tout en tous”. Là s’accomplira ce que Dieu a promis à ses bien-aimés : “Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et moi aussi, je l’aimerai”. Et comme si on lui avait demandé : “Que donneras-tu à celui qui t’aime ?”, il ajoute aussitôt : “Et je me manifesterai à lui”. Don précieux, promesse magnifique !

Dans le désert

Dans le désert, poussé par l’Esprit, Jésus revêtu de prière,

Tient le combat jour et nuit et défie l’adversaire.

 

Quarante jours affrontant la faim, Jésus se recueille en lui-même,

Ne désirant que le Pain qu’il reçoit de son Père.

 

Séjour de peine et d’engendrement, Jésus s’en remet à son Père.

Dans le silence il entend les secrets du Mystère. 

Désert
Désert

Pâques s’annonce et déjà paraît Jésus remportant la victoire.

La terre aride est changée en Pays de sa gloire.

Peuple de Dieu, guidé par l’Esprit, Jésus te convoque à l’Alliance.

Pars au désert aujourd’hui, Habité d’espérance !

Hymne du carême texte de la C.F.C.

Homélie de Lansperge le Chartreux

Sermon 2 sur le premier dimanche de carême, Opera omnia, tome 1, 180

Jésus , tenté pour notre instruction

Tout ce que le Seigneur Jésus a voulu faire aussi bien que souffrir, il l’a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile. Puisqu’il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n’a voulu rien omettre de ce qui pourrait nous profiter. C’est pourquoi il fut conduit au désert, et il n’y a pas de doute que ce fut par l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit Saint a voulu le conduire là où le démon pourrait le trouver et oserait s’approcher de lui pour le tenter. Car le tentateur était provoqué à le mettre à l’épreuve par des circonstances favorables, c’est-à-dire la solitude, la prière, la mortification corporelle, le jeûne et la faim. Ainsi le démon aurait-il la possibilité d’apprendre de Jésus s’il était le Christ et le Fils de Dieu.

La première chose que nous apprenons ici, c’est que “la vie de l’homme sur la terre est une vie de combat”. Et aussi que le chrétien doit s’attendre à être d’emblée tenté par le démon. Qu’il se prépare donc à la tentation, selon l’Écriture: “Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve”. C’est pourquoi le Seigneur a voulu réconforter par ses exemples tout nouveau baptisé, tout nouveau converti, pour qu’il n’ait pas peur et ne devienne pas timoré, si après sa conversion ou son baptême, ayant été tenté par le démon plus fortement qu’auparavant, ou s’il souffre davantage de la persécution, il lit dans l’Évangile que le Christ lui-même a été tenté par le démon aussitôt après son baptême.

La deuxième leçon que le Christ a voulu nous donner par son exemple, c’est que nous ne cherchions pas facilement à nous exposer à la tentation. Conscients de notre faiblesse, veillons plutôt à ne pas entrer en tentation, prions et évitons les occasions d’être tentés.

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